J’en retiens que La Convention de l’Unesco de 1970 a incontestablement aidé les pays d’Amérique latine à maîtriser le problème du pillage, même s’il reste beaucoup à faire. Aujourd’hui, un collectionneur qui acquiert un objet archéologique doit plus que jamais être scrupuleux sur sa provenance et son adéquation avec les lois. En France, il faut être certain que l’objet a été catalogué en dehors de son pays d’origine avant 1997. C’est important, car le collectionneur devient ensuite le conservateur de l’objet. Quel souvenir gardez-vous de votre beau-père  ? Son parcours est incroyable. A 22 ans, journaliste, il écrit en français les biographies de Lautréamont et Laforgue, deux poètes nés comme lui en Uruguay. La dictature le chasse du pays. Il part en Argentine où il occupe la chaire de paléontologie à l’Université de la Plata. C’est là qu’il commence à visiter différents pays d’Amérique latine et à s’intéresser aux civilisations précolombiennes d’Amérique du sud. Après la dictature, il retourne en Uruguay où il est nommé diplomate avec un premier titre d’attaché culturel au Brésil. De là, il rayonne partout, en étant davantage chercheur que collectionneur. Même si sa collection, débutée en 1935, est remarquable. De fait, il a laissé sur elle des documents que, malheureusement, je n’ai pas mais qu’il m’a largement commentés. Ces documents concernent nombre de ses objets dont les pierres Valdivia (il en est le découvreur) et nombre de grands tissus peints précolombiens, originaires de la côte centrale du Pérou, dont la vente permettra de voir cinq exemplaires.  Il m’a si bien parlé de tous ses objets que je suis parti retrouver sur place les lieux où il était passé cinquante ou soixante ans plus tôt… Quelle part représente la collection de votre beau-père dans l’ensemble  ? Environ un quart… Il faudrait rajouter les 3 pagaies cérémonielles Inca/chincha qui ont été choisies par mon ami, l’archéologue Henry Reichlen, et qui ont été acquises il y a une vingtaine d’années pour le futur Musée du Quai Branly-Jacques Chirac dans lequel elles occupent une vitrine entière. Quel objet marque le début de votre propre collection  ? Un cadeau de Rufino Tamayo. En l’occurrence, une petite figurine de Tlatilco. Quant au premier objet que j’ai acheté, à tempérament, en 1958, c’était un personnage Mezcala découvert dans la galerie d’Olivier Le Corneur et Jean Roudillon à Paris. Pourquoi ce choix ? Il me rappelait cet antiquaire que j’allais voir à Taxco, dans l’état de Guerrero, quand j’avais 20 ans. Imaginez, dans son jardin tous les massifs étaient délimités par des petits mezcala de 15 à 30 cm disposés côte à côte. Il en avait peut-être trois ou quatre mille…   Qu’est-ce qui vous a surtout mobilisé en tant que collectionneur  ? Tout ce qui tourne autour du jeu de balle. Ce qui représente environ 20 % des objets. Non seulement parce que le jeu de balle est important d’un point de vue religieux et au sein de l’étude de la civilisation précolombienne, mais parce que les objets qui s’y rattachent (haches, palmas et jougs) ont le plus de symbolisme et sont d’une stylisation étonnamment élaborée. Gérald Berjonneau montre une hacha à l’image d’une iguane… Remarquez la stylisation et la concentration de l’idée qui figure ici dans ce volume  METATE - Exceptionnelle table cérémonielle « Métate »  à panneau volant de forme monoxyde -  Pierre volcanique (basalte) polie et sculptée Versant Atlantique,  période de transition El Bosque à la Celva, Costa Rica,  vers 400 à 600 après JC -  Estimation : 30 000 / 50 000  € MORTIER - Grand mortier chamanique en forme de singe, la queue formant une spirale équilibrée. Il repose sur quatre pieds personnifiant les pattes de l’animal - Chorrera / Valdivia, Equateur - 1500 à 600 avant JC- Estimation : 40 000 / 70 000 € STÈLE astronome  - Valdivia - Equateur - Estimation : 12 000 / 18 000 €