ENTRETIEN La collection Berjonneau - Muñoz Votre adolescence porte-t-elle déjà en germe votre future passion pour l’art ? Incontestablement. En Vendée, où je suis né en 1932, je préférais aux études voir voler nos faucons. Ceux que nous élevions avec mon frère. Tellement, qu’à 13 ans, j’étais le plus jeune fauconnier de France. Mais il est vrai qu’à l’âge de 15 ans je commençais à partager tout mon temps libre entre nos oiseaux et la peinture de mes premiers tableaux. L’échec au baccalauréat m’a valu d’être envoyé à Paris, en 1948. Mes grands-parents - qui nous élevaient mon frère et moi - m’ont demandé de m’inscrire au lycée Sainte Barbe. En même temps que je suivais les cours de cette «  boîte à bac  », il fallait que je me débrouille pour payer ma chambre. Alors je lavais les vitrines du boulevard Saint-Germain dont celle, à 6 heures du matin, de la Librairie de la couronne. En 1950, bac en poche, j’ai rejoint l’école préparatoire des arts décoratifs car j’avais alors non seulement un goût certain pour la peinture, mais aussi pour le dessin et la photo. J’ai commencé ma formation à l’atelier Bernard Cathelin, rue de la grande chaumière, qui préparait aux arts décoratifs. Comment en vient-on,  à 19 ans, à s’embarquer pour le Mexique  ? Comme je peignais et m’intéressais de plus en plus à la peinture, je faisais le tour des galeries et connaissance des artistes. Et puis, vint ce jour de 1951 et la rencontre à la galerie de France, rue Saint Honoré, du peintre mexicain Rufino Tamayo qui allait orienter ma vie. A l’époque, il avait 50 ans et n’était pas encore le peintre majeur qu’il allait devenir. En quinze jours de conversation nous avons tissé des liens très forts, non pas d’amitié, mais de complicité. Nous allions nous quitter quand il m’a dit  : «  si tu viens à Mexico, ma maison est ta maison  ». Ce n’est habituellement qu’une formule, mais je lui ai répondu  : «  attention, parce que cela peut être vrai  !  ». Six mois plus tard, après une traversée de six semaines à bord d’un cargo, j’étais chez lui. Dans son Gérald Berjonneau prépare l’école nationale d’arts décoratifs à Paris quand il rencontre, en 1950, le peintre zapotèque Rufino Tamayo qu’il rejoint à Mexico six mois plus tard. Il participe un temps à l’œuvre murale de Diego Rivera. Initié à l’art précolombien pendant ce séjour mexicain de trois ans, il épouse à son retour en France Julieta Esmeralda Guillot-Muñoz, la fille du ministre plénipotentiaire d’Uruguay qui est aussi écrivain, paléontologue et américaniste passionné par l’archéologie sud-américaine. De leurs fructueux échanges, auxquels s’ajoute nombre de rencontres avec des chercheurs, des experts et des collectionneurs, naît - au fil de soixante six années - l’une des plus belles collections d’art précolombien en France. Interviewé ci-après, Gérald Berjonneau nous en dit davantage sur ce riche et long parcours …ou le fruit de rencontres d’exception